Les vitres teintées dans le viseur du gouvernement

En annonçant la mise en place d'un décret visant à limiter à 70 % la transmission de lumière sur les vitres avant des voitures, le gouvernement a provoqué l'ire des professionnels du secteur.

Dimanche dernier, le réveil a été brutal pour l’Association Sécurité et Filtration des Films (ASFFV) et les professionnels du secteur. En effet, Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité Routière, a profité de son passage dans l’émission Turbo pour annoncer la mise en place d’un décret destiné à limiter à 70 % la transmission de lumière (TLV) sur les vitres avant des voitures. La raison de cette règlementation ? Permettre aux forces de l’ordre de mieux visualiser les conducteurs dans le cadre de contrôle routier. Inévitablement, la réaction de l’ASFFV ne s’est pas fait attendre, celle-ci dénonçant une « interdiction détournée qui signe le décès de toute une profession». Et d’expliquer : « Puisque les vitrages d’origine (1ère monte) possèdent déjà une TLV à 70 %, la pose d’un film, aussi clair soit-il, mettrait d’office l’automobiliste en infraction ».

Aujourd’hui, la pose de films sur les vitres avant des véhicules représente 53 % du chiffre d’affaires du secteur, le prix moyen d’une intervention oscillant entre 350 € et 600 €. Selon l’association, 811 entreprises ayant pour activité unique la pose de films pour vitrage sont ainsi directement menacées par ce décret. Sous-traitants des concessions, elles pèsent un chiffre d’affaires moyen de 200 000 euros et représentent 1 800 employés.« Nous plaidons pour règlementation intelligente, et non pour une interdiction sans aucune possibilité de discussion », annonce Nicolas Guiselin, président de l’ASFFV et dirigeant du réseau de traitement de vitrages Glastint.

Une activité non règlementée

Dans son discours, l’association préconise des niveaux de TLV situés entre 50 % et 35 %, et déconseille des taux inférieurs à 25 %, même si les spécialistes sont amenés à intervenir sur ce type de teinte. « Nous ne sommes pas des intégristes de la vitre noire », défend Nicolas Guiselin. A ce jour, au niveau du code de la route, aucun texte en France n’interdit formellement l’utilisation et la pose de films sur les vitres. La législation française fixe toutefois deux conditions : que les films n’altèrent pas ou ne déforment pas le champ de vision, et ne soient pas réfléchissants. « Il n’existe pas non plus de règlement européen ou international qui va à l’encontre de cette pratique, argumente l’association. De plus, aucune statistique, aucune étude ou rapport n’implique implicitement les vitres teintées au niveau de l’accidentologie sur les routes ». En France, les véhicules dotés de vitres teintées représentent chaque année entre 6 à 7 % du parc automobile.

« On cherche un bouc-émissaire pour porter le poids des mauvais résultats de la sécurité routière », s’indigne pour sa part Pierre Chasseray, délégué général de l’association « 40 millions d’automobilistes », qui apporte son soutien à l’ASFFV.

 135 euros d’amende et retrait de 3 points

Si le décret n’a pas encore été publié à ce jour, les recours envisagés par l’association sont peu nombreux. Cette dernière entend alerter les parlementaires et les candidats aux élections régionales pour infléchir cette décision. Concrètement, à compter de janvier 2016, date d’entrée en vigueur de la réglementation, les deux millions d’automobilistes équipés de films de vitrage, selon l’ASFFV, auront six mois pour réaliser la dépose des films. Une échéance irréaliste, selon l’association. A défaut de respecter cette mesure, le conducteur pourrait être passible d’une amende de 135 euros et d’un retrait de trois points.


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