L'eSport

Sport auto : l’eSport à la rescousse ?

Confinés, les pilotes ont trouvé une nouvelle arène pour s’affronter. De quoi suppléer l’absence de sport automobile ?

Lando Norris est un petit rigolo. Le pilote de l’écurie McLaren en Formule 1 (20 ans) a été biberonné au simulateur toute son adolescence. Ses vidéos humoristiques et ses bravades – se raser le crâne en direct, au bénéfice de la lutte contre le Covid-19, ou abandonner une course faute de connexion – en ont fait l’un des personnages principaux des Grands Prix “virtuels”, massivement diffusés depuis la mise en place des mesures de confinement. À ses côtés, un autre mordu d’eSport en la personne de Max Verstappen, mais aussi de nombreux pilotes, ravis d’en “découdre” après l’annulation des premières courses de la saison.


Disputés sur le jeu vidéo F1 2019, ces courses regroupent une dizaine de pilotes pros, quelques invités d’autres disciplines et une poignée de gamers équipés, à domicile, de volants et pédaliers, voire de micros de caméras. Ajoutez à cela une bonne dose d’accrochages, quelques surprenantes performances du gardien de but du Real Madrid, Thibaut Courtois, et vous obtenez un cocktail plutôt divertissant, confiné un dimanche soir entre quatre murs.

Résultat : 700 000 vues en 48 heures pour le dernier Grand Prix de Chine– remporté par Charles Leclerc – diffusé sur la chaîne Youtube officielle de la F1, sans compter la visibilité sur Twitch, plateforme de streaming spécialisée dans les jeux vidéo. Certes, on est encore loin des audiences des Grands Prix retransmis sur le petit écran. Mais pour la discipline, c’est l’occasion, à moindre frais, de maintenir le contact avec les fans et d’offrir aux sponsors un temps certain d’exposition. Sur le même modèle, le championnat américain Nascar a, lui, opté pour une diffusion TV sur la chaîne Fox, en lieu et place de ses courses traditionnelles. Avec 1 million de téléspectateurs à la clé.

Il y a plus réaliste…

Aux yeux des puristes, ceci n’est qu’un aimable divertissement. Car au très grand public F1 2019 répondent les simulateurs plus arides que sont RaceRoom, Assetto Corsa ou iRacing, des jeux PC plus axés endurance ou tourisme sur lesquels s’entraînent nombre de pilotes pour préparer leurs véritables épreuves. Au sein de ces gamers/pilotes, le géant Danois Nicki Thiim fait figure d’emblème, partageant sa vie entre le simulateur installé au sous-sol de la maison familiale,sa chaîne Youtube très fournie, et un vrai volant chez Aston Martin, en championnat du monde d’endurance.

Parmi ces simulateurs, iRacing occupe une place à part, depuis son lancement en 2008. Avant même que les compétitions réelles ne s’emparent de l’eSport pour palier les effets de la crise sanitaire, il disposait déjà de ses championnats structurés et de ses propres stars. Or, depuis le confinement, le nombre de ses abonnés, qui déboursent une trentaine d’euros mensuels – a littéralement explosé.

Abondance et pertes

De fait, les initiatives se multiplient un peu partout. Du côté des promoteurs de championnats, des plateformes, mais aussi de nouveaux acteurs spécialisées comme Veloce (dont le porte-drapeau n’est autre que le champion de Formule E, Jean-Eric Vergne). Ainsi, le jeune média britannique The Race propose des épreuves plus réalistes sur RFactor 2, et réunit une pléiade de champions chaque samedi sur son site : Jacques Villeneuve, Peter Solberg, Jenson Button, et même Emerson Fittipaldi (73 ans !) se prennent au jeu.

Revers de la médaille : l’abondance de biens peut s’avérer nuisible. Trop de courses – des dizaines chaque week-end – pour trop peu de pilotes célèbres, des budgets sponsoring et publicité en baisse en raison de la pandémie, des audiences parfois en berne, des spectateurs pas encore enclins à “payer pour voir”. Même les organisateurs de tournois sur des jeux vidéos très populaires comme Fortnite ou Fifa enregistrent de pertes massives. S’il veut survivre au déconfinement, l’eSport mécanique va donc devoir se trouver une discipline reine. Et surtout un modèle économique pérenne.


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